GRAND ENTRETIEN AVEC LIONEL MARTIN, LA TÊTE ET LES JAMBES
Comment passe-t-on de professionnel du ballon rond à gestionnaire d’un salon renommé et gourmand qui, à chaque édition, attire 50’000 visiteurs ? Élémentaire, mon cher Watson ! Il suffit de croire en ses rêves en s’appliquant à les réaliser.
Facile ? Évidemment pas. Mais, Lionel Martin a cette faculté d’attraper au vol, comme un ballon, les mots magiques que sont : passion, volonté, détermination et flexibilité ! Il en a fait son credo. Multipotentiel, proactif, volontaire, organisé, voilà sa recette pour une trajectoire atypique d’un sportif d’élite devenu Secrétaire général du Salon Suisse des Goûts et Terroirs, à Bulle. Portrait.
Il est assis dans le moelleux fauteuil d’un élégant salon d’un hôtel bullois. À distance déjà, l’homme se découvre athlétique. La poignée de main est franche, le regard direct, le sourire amène. Tenue sportive, un brin d’humour dans l’accueil, un dossier bien posé sur la table, l’organisation viscérale n’est pas loin. Son temps est compté, mais il ne le montre pas encore. Bonjour Monsieur Martin. Un Martin valaisan ? Tout s’enchaîne. Facilement, rapidement. L’enfance remonte un peu. Monthey ! C’est là qu’il est né et qu’il a passé les 15 premières années, heureuses de sa vie. Fils unique, d’une maman aimante, un père dessinateur en génie civil et artiste peintre à ses heures, mais surtout sportif. Le sport est un maître mot dans la famille. Très tôt il chausse les patins, les skis et se jette sur les terrains de foot comme le taureau dans l’Arène. « Nous sommes sportifs de grands-pères en petits-fils, tous des fous de foot », aime-t-il se souvenir. Aussi, est-ce avec une assiduité certaine que le petit Lionel se fait remarquer dans les clubs et sur les terrains de foot. Avec toute la famille comme supporters.
Vous avez un diplôme A UEFA d’entraîneur, parlez-nous de vos années foot.
J’ai toujours été un fou de foot et bien soutenu en cela par ma famille. D’ailleurs j’ai assez vite été repéré et, à 15 ans, recruté par le club de Xamax. J’ai alors quitté le cocon familial, les repas tout prêts, le lit fait, le linge lavé et repassé pour migrer de Monthey vers le club de Neuchâtel Xamax pour des entraînements intensifs en parallèle à mon apprentissage. J’avais à cœur de mener de front les études et le sport, conscient dès le plus jeune âge que, aussi passionnant que puisse être un sport, il est nécessaire d’avoir une formation autre qui permette de se retourner en cas de casse – ce qu’heureusement je n’ai jamais eu – ou d’arrêt pour d’autres raisons. À Neuchâtel, la vie était très différente de ce que je connaissais. Les entraînements étaient poussés et le club nous mettait à disposition un appartement pour jeunes joueurs, tous âges confondus. Nous étions logés et nourris, mais, 5 dans le même appartement. J’ai donc dû faire mon apprentissage de la vie communautaire, du partage, des efforts, mais aussi d’une forme d’émancipation. Monthey était loin et entre les études et les entraînements, il ne me restait pas assez de temps pour souvent rentrer à la maison. J’ai donc poursuivi mon apprentissage d’employé de commerce en fiduciaires passant par Oremo, Revissuisse et Price Waterhouse. C’est là déjà que mes capacités organisationnelles se sont décuplées. J’avais le désir et le besoin d’apprendre. D’ailleurs ça ne me quittera pas. Après l’obtention de mon CFC d’employé de commerce, j’ai continué pour obtenir un diplôme A UEFA d’entraîneur de football et j’ai entraîné au foot des actifs, des jeunes et des enfants pendant quinze ans. J’ai également obtenu un brevet fédéral de spécialiste en marketing.

Avant ça, a tout juste 18 ans, Xamax m’a placé dans les espoirs puis ensuite joueur professionnel du FC Neuchâtel Xamax. C’était une période extraordinaire. Une vie active, intense et nomade, des rencontres entre clubs, des victoires hurlées par les supporters, la presse qui vous suit, la fierté de réussir… Je suis resté professionnel à Xamax pendant huit ans. J’ai eu l’occasion de participer à plus de 120 matchs de championnat suisse, 20 participations à des matchs de coupe d’Europe et même affronté Ronaldo, l’adversaire le plus connu à cette époque. Je peux dire que j’avais le foot vrillé au corps, mais au début de ma carrière j’ai tout de même travaillé à temps partiel et mieux encore, je me suis marié. J’ai eu le bonheur de rencontrer et d’épouser Sandra, en 1995, une Gruérienne qui sera et reste un pilier dans ma vie.
Mais vous avez quitté Xamax.
Oui, quand on est jeune, on bouillonne, on a envie de mordre la vie, d’en faire toujours plus même si j’avais déjà 26 ans. Or, à cette époque, j’estimais qu’on me laissait un peu trop sur le banc. J’ai donc quitté Xamax pour rejoindre l’AC Bellinzone en tant qu’homme de liaison entre l’entraîneur et les joueurs. Bonne ambiance, j’ai appris l’italien et continué de vivre ma passion. Près de deux années de grâce. Puis un soir, catastrophe, l’AC Bellinzone perd un match qui ne lui permet pas d’accéder à la Super League. J’y étais. Grosse déception. Rentré tard ce soir-là après un long voyage, j’ai été réveillé tôt le lendemain matin par un appel peu courtois du club. Même pas le temps de bien me réveiller qu’on me demande de décider sur le champ si j’accepte de continuer à des conditions inférieures ou de quitter. J’ai demandé un délai de réflexion jusqu’à l’après-midi, le temps de consulter mes proches. Refusé ! Tu dois décider maintenant. Je me suis senti lésé par rapport à mon engagement pour l’AC Bellinzone. Alors, tristement, mais décidé, j’ai pris mes cliques et mes claques et nous sommes Sandra et moi, rentrés en terre romande.

Commencent alors les années gestion ?
Oui, mais sans totalement quitter le sport. Cette séparation abrupte avec le milieu professionnel du football a certes laissé quelques traces dans mon cœur, mais je restais un athlète et, tout en continuant le foot, je me suis mis au vélo, la marche, la course à pied, le ski, bref le sportif en moi n’a jamais disparu. Et puis sur le plan professionnel, j’ai commencé par monter un dossier promotionnel pour le Centre Sportif de Champéry sur mandat de l’Office du tourisme. Puis j’ai entrepris la promotion de la structure de Gesport auprès d’athlètes en phase de reconversion. Je me suis ensuite frotté à la finance dans l’agence de notation Standard and Poor’s. Par chance j’avais été assidu aux études et cela s’est révélé payant. J’ai d’ailleurs constaté qu’avec mon goût pour les contacts, mes envies d’être près des gens, ma curiosité pour la découverte et ma gourmandise, tout convergeait pour me pousser vers le tourisme. Après Champéry c’est la verte Gruyère qui va m’attirer. D’abord à l’Office du tourisme et, très vite, comme Secrétaire Patronal. C’est comme ça qu’en mai 2004 je suis entré à la Fédération Patronale et Economique, à Bulle. Cette activité constitue mon activité professionnelle principale… mais pas que…. J’aime le présent, mais j’adore le futur, raison pour laquelle je suis également chef de projet chez Swissleaders et propose mon expertise comme consultant dans la gestion de projets événementiels. Bien sûr, je reste actif à transmettre mon expérience aux jeunes footballeurs.
J’ai un point fort qui est l’organisation. J’ai autant de plaisir à m’occuper des invités d’honneur d’un salon, que des visiteurs, du sponsoring et des partenaires, de l’animation ou des mises en place. J’aime toucher à tous les secteurs. J’assume d’ailleurs, plusieurs rôles qui demandent de l’engagement. Je suis Secrétaire général du Salon Suisse des Goûts et Terroirs ainsi que secrétaire du Groupement des commerçants de Châtel-St-Denis. Je suis l’initiateur et l’administrateur du Suisse Fondue Festival et j’ai été le Secrétaire général du Salon de l’Entreprise.
Parlez-nous de ce Salon Suisse des Goûts et Terroirs dont vous êtes Secrétaire général et qui se tiendra du 30 octobre au 3 novembre à Espace Gruyères à Bulle, sur vos terres de prédilection.
Ce salon est exceptionnel, il est l’un des rares salons qui a conservé son ADN et perdure année après année. Il offre une vitrine à 300 artisans-producteurs locaux avec un public fidèle et acquis. Cette édition sera la 24e, par conséquent il faut toujours se renouveler, dénicher des nouveautés, être ouverts à un monde qui change tout en respectant les traditions. Il faut trouver et décider des personnalités à venir au Salon, tant dans les métiers de bouche qu’avec des vins à faire découvrir. Il faut se renouveler localement tout en ouvrant quelques portes sur l’extérieur. Par exemple, cette année, notre invité d’honneur étranger sera le Pérou, une première pour le continent sud-américain. Et notre deuxième invité sera l’association suisse des AOP (Appellations d’origine contrôlée) et IGP (Indication géographique protégée) qui fête son quart de siècle. C’est dire si nous avons un équilibre local sans jamais fermer la porte au monde. Nous accueillons aussi le traditionnel concours national Swiss Backery Trophy. C’est un beau salon qu’il ne faut pas manquer.

Vous venez de fêter votre demi-siècle. En forme pour continuer les défis ?
50 ans, c’est la force de l‘âge. Je les ai dégustés avec Sandra et notre fils Nolan qui court vers ses 18 ans. Bien sûr c’est le temps des bilans, mais aussi des projets. Mes années consacrées entièrement au foot, je les ai adorées, mais j’apprécie tout autant ma deuxième vie dans la gestion et l’organisation. J’ai eu la chance de m’être préparé à une vie professionnelle et d’avoir vécu quelques belles rencontres qui m’ont ouvert des portes. Le sport reste un besoin vital pour moi, pour mon équilibre physique et mental. J’en ai besoin tout comme j’ai besoin de le transmettre, d’entraîner, mais c’est pareil dans le business ou la gestion. Je me considère essentiellement comme un coordinateur, un facilitateur. J’aime l’organisation, les projets et être un input à tout nouveau développement. Je suis engagé dans la recherche et le développement pour plusieurs associations et le renouvellement en toutes choses m’intéresse ». Une idée chasse l’autre, certaines se réalisent. J’ai été l’initiateur et le coordinateur de « Bulle, Cité des Rencontres » qui comprend entre autres l’organisation des marchés du samedi et de la Bénichon, à Bulle. Aussi, pendant 10 années, le responsable marketing et administratif du Vacherin Fribourgeois AOP en Suisse et à l’étranger. J’apprécie de travailler avec des jeunes à qui je recommande de croire à leur bonne étoile sans jamais se départir d’une volonté de réussir. Vous savez, je reviens toujours à mes fondamentaux ; passion, volonté, flexibilité et détermination. Et j’essaye de les transmettre.
Des loisirs ?
Oui, bien sûr, entre deux entraînements de sport j’aime lire et voyager. J’ai un faible pour le Sud. Je suis gourmand et gourmet et adore les bonnes tables. Je ne peux évidemment pas en abuser si je veux garder la forme pour les entraînements. Il faut parfois savoir résister à la tentation.








