Pauline Morier, faire vivre les traditions
Fleuriste de formation, photographe par passion et pâtissière de cœur, Pauline Morier a transformé une reconversion imposée en une aventure profondément enracinée dans le terroir fribourgeois. À travers ses recettes et les gestes qu’elle perpétue, elle fait revivre les saveurs de nos aïeuls et réveille, chez ceux qui les dégustent, une foule de souvenirs.
Autour des fers à bricelets, les souvenirs affluent. Jane-Marie Merminod, sa grand-maman, en préparait pour les fêtes, un appareil oublié au fond d’un placard, une recette familiale que l’on aimerait retrouver… Pauline Morier écoute ces histoires avec le sourire avant de reprendre sa démonstration. La pâte est déposée sur la plaque brûlante, le fer se referme, puis le bricelet encore chaud doit être façonné sans attendre. Le geste paraît naturel entre ses mains, mais les participants découvrent vite la patience et la précision qu’il exige. «Les gens réalisent enfin le temps que ça demande», explique-t-elle.
Lancés cette année, ses ateliers ne se limitent pas à l’apprentissage d’une recette. Ils permettent de transmettre un savoir-faire, mais aussi d’encourager chacun à ressortir les anciens fers parfois conservés dans les familles sans que l’on sache vraiment les utiliser. Cette volonté de partager résume parfaitement Pauline Morier. Sur les marchés, dans les entreprises ou au fil des rencontres avec ses clients, elle cultive la même proximité et cette joie de vivre qui semble ne jamais la quitter. « J’aime les gens, j’aime partager », dit-elle simplement. Chez elle, l’enthousiasme n’est pas une posture. Il constitue depuis toujours une manière d’être au monde.

QUAND LA VIE CHANGE DE RECETTE
Rien ne la destinait pourtant à faire des bricelets le cœur de son activité. La Vaudoise était fleuriste, un métier qu’elle aimait et auquel elle a dû renoncer lorsque ses allergies au pollen, aggravées après la naissance de ses enfants, ont déclenché de l’asthme. Cette décision n’en était pas vraiment une, mais il lui fallait changer de voie, malgré la difficulté d’abandonner une profession qui lui correspondait profondément.
Avec le recul, elle observe son parcours avec philosophie. « Quand j’étais petite, je voulais faire trois métiers : fleuriste, photographe ou pâtissière.
Maintenant, je fais les trois en même temps. » La fleuriste continue de s’exprimer dans les coffrets cadeaux qu’elle compose et décore elle-même, jusque dans les fleurs qu’elle fait sécher. La photographe réalise la plupart des images de ses créations et veille avec une exigence presque obsessionnelle à leur présentation. « Je suis une maniaque du visuel », reconnaît-elle volontiers. Quant à la pâtissière, elle perpétue les recettes familiales qui accompagnent ses souvenirs d’enfance. Chez elle, le goût et le regard avancent toujours ensemble. Chaque détail compte, du choix des ingrédients jusqu’au ruban qui termine un coffret.
Après sa reconversion, elle travaille durant cinq ans dans une fromagerie. Autour d’elle, les encouragements se multiplient. On lui répète qu’elle devrait lancer sa propre activité et faire de ses créations un métier. Elle finit par se laisser convaincre, malgré les doutes de ceux qui jugent le pari trop audacieux. Cinq ans plus tard, elle mesure le chemin parcouru avec fierté, sans jamais perdre cette impression d’avoir simplement suivi ce qui lui ressemblait.

RÉVEILLER LES SAVEURS D’ENFANCE
En créant son entreprise Traditions Gourmandes, elle choisit de remettre à l’honneur les spécialités de nos grands-parents. Bricelets sucrés ou salés, pains d’anis, moutarde de Bénichon, Poires à Botzi AOP et autres gourmandises régionales composent aujourd’hui un assortiment d’une trentaine de produits. Il ne s’agit pourtant pas de cultiver la nostalgie, mais de permettre à ces recettes de continuer à vivre dans les cuisines d’aujourd’hui.
Sur les marchés, elle mesure combien ces saveurs restent présentes dans la mémoire collective…







