Pierre-Alain Bapst: l’heure de vérité pour le vin suisse
Nommé à la tête de Swiss Wine Promotion, Pierre-Alain Bapst arrive à un moment sensible pour la viticulture helvétique. Fils de paysan, ancien fromager, passé par la viande puis par Terroir Fribourg, il pose sur le vin un regard à la fois agricole, culturel et très concret. Son constat est direct: le vin suisse est respecté, mais il n’est pas encore assez désiré.
Pierre-Alain Bapst ne vient pas au vin par le seul discours. Il y vient par la terre. Par la ferme, la vie rurale, le lait, les vaches, les gestes du quotidien. Avant les stratégies de promotion, il y a chez lui cette conscience simple: un produit ne se sépare jamais vraiment de celles et ceux qui le font naître.
Son parcours le dit bien. Il commence dans le fromage, se forme en agroalimentaire, passe ensuite quinze ans dans le secteur de la viande, avant de rejoindre Terroir Fribourg, où il trouve une fonction à son image: ancrée, concrète, proche du terrain. Lorsque Swiss Wine Promotion se présente, le changement d’échelle est réel, mais la logique reste la même. Défendre une filière suisse. Faire exister un produit agricole dans toute sa chaîne de valeur. Et rappeler que la vigne, avant d’être un symbole, reste un ancrage.

RESPECTÉ, MAIS PAS ASSEZ CHOISI
C’est le cœur de son diagnostic. Le vin suisse est reconnu. Sa qualité est admise. Son sérieux aussi. Mais entre l’estime et l’achat, entre le respect et l’envie, il manque encore un ressort décisif: le désir.
Pour Pierre-Alain Bapst, le problème n’est pas d’abord que les Suisses ne boivent plus de vin. Ils en boivent encore. Le problème, c’est qu’ils ne boivent pas assez de vin suisse. Le pays consomme largement plus qu’il ne produit et continue d’importer massivement. Le marché existe donc bel et bien. Mais la place des vins helvétiques n’y est pas assez forte.
Il y voit une contradiction très suisse. D’un côté, nous défendons des exigences élevées en matière de production, de conditions de travail, de qualité. De l’autre, nous nous étonnons qu’un vin produit ici ne puisse pas rivaliser avec les prix les plus bas du marché international. Or on ne peut pas vouloir un modèle exigeant sans accepter ce qu’il coûte. Le vin devient alors plus qu’un produit: il révèle notre rapport à la cohérence, à la proximité, à la responsabilité.

UNE FILIÈRE SOUS PRESSION
Sur le fond, son jugement est net: le vin n’a pas été assez encadré lorsque les règles du marché ont évolué. D’autres secteurs ont mieux su préserver leurs équilibres. Dans le vin, la Suisse n’a pas mis en place suffisamment de garde-fous. Résultat: elle ne couvre même pas la moitié de sa consommation, et pourtant certaines vignes doivent être arrachées. Le paradoxe est brutal.
À cela s’ajoute la pression extérieure. Les grands pays producteurs doivent écouler leurs volumes, parfois à des prix auxquels les producteurs suisses ne peuvent tout simplement pas répondre. Cette tension se répercute directement sur la filière d’ici. Mais Pierre-Alain Bapst ne renvoie pas toute la responsabilité à l’étranger. Il parle aussi d’un manque de force intérieure, d’un affaiblissement du lien entre les vins suisses et leur propre marché.
REFAIRE NAÎTRE L’ENVIE
Le défi n’est donc pas seulement commercial. Il est culturel. Et même sensible. Pierre-Alain Bapst le rappelle: …








