Venise, l’autre visage de la Sérénissime
On croit connaître Venise avant même d’y poser le pied. Ses gondoles, ses palais, ses ponts et ses foules semblent appartenir à un imaginaire déjà familier. Pourtant, il suffit parfois de l’aborder par la mer pour que la Sérénissime révèle un autre visage: celui d’une ville-lagune, sensuelle et secrète, où les traces de Casanova croisent les îles colorées, les mosaïques byzantines et les silences retrouvés du crépuscule.
On gagne Venise par les airs, le rail ou la route, pensez-vous. C’est oublier la voie maritime, sans doute la plus romantique et la plus pratique, en boudant les gros paquebots qui –il n’y a pas si longtemps encore– défiguraient les abords immédiats de la place Saint-Marc. Ces villes flottantes sont désormais écartées du bassin de Saint-Marc et du canal de la Giudecca.
Claudine et Jérôme Tissot forment un couple de retraités plutôt sédentaires: «En dehors de quelques voyages en France et en Espagne, nous n’avons pas beaucoup voyagé», déclare madame. Son rêve était de voir Venise. «Il est devenu réalité, précise Jérôme, grâce à nos petits-enfants qui se sont cotisés pour célébrer nos noces d’or».
Et les voilà embarqués à bord du Michelangelo, un bateau de CroisiEurope autorisé –compte tenu de ses modestes dimensions– à naviguer dans la lagune et à mouiller près de Saint-Marc. On y dort, on y mange, on profite des balades qu’il propose vers la lagune; une manière astucieuse de gérer son budget en échappant aux tarifs parfois dissuasifs de l’hôtellerie et des restaurants
les plus touristiques.

LIBERTINAGES
Que peut-on encore dire ou écrire sur la cité des Doges? Mitraillée par les photographes de tout acabit, disséquée par la littérature historique, romanesque ou policière, la ville semble avoir livré tous ses secrets. Cependant, quelques visites thématiques peuvent encore emprunter des canaux de traverse et échapper aux essaims touristiques, même en
haute saison.
Claudine et Jérôme ont choisi un parcours insolite –sur les traces de Casanova– avec un arrêt à l’incroyable librairie Acqua Alta pour son rayon entièrement dédié au fameux libertin du XVIIIe siècle.

ÉTAPES INTERLOPES
Vénitien de naissance, cet aventurier libertin fut aussi un remarquable manipulateur, autant à l’aise dans les salons aristocratiques que dans les intrigues de coulisses. Il côtoyait les grands de ce monde pour leur soutirer des secrets d’État entre deux frasques.

Considéré comme dangereux corrupteur de la jeunesse et insultant pour la foi, Casanova fut incarcéré aux Plombs (I Piombi), redoutable cachot logé dans les combles du Palais des Doges, réputé pour sa chaleur étouffante en été et son humidité glaciale en hiver. Si l’on choisit une heure de moindre fréquentation, une agréable visite du monument en dit long sur l’audace du filou, qui parvint tout de même à s’évader des Plombs en 1756, après une fuite rocambolesque par les toits et les salles du palais.

LE REPAIRE DU SÉDUCTEUR
Ouvert en 1720, le voisin Caffè Florian passait pour l’un des rares cafés de son temps à accueillir les femmes, ce qui n’avait évidemment pas échappé à Casanova. Fréquenté plus tard par Rousseau, Dickens, Goethe et Proust, l’établissement fait figure d’incontournable pour les amoureux de Venise, dussent-ils débourser jusqu’à dix euros pour un expresso.
À noter que…








