Serge Melly, fidèle à la terre, fidèle à lui-même
Agriculteur bio, syndic de Crassier, ancien député, sportif d’endurance et passionné de musique classique, Serge Melly incarne une génération d’hommes attachés à leur terre, à leurs convictions et au temps long.
À Crassier, on connaît autant sa silhouette que les terres qu’il travaille depuis toujours. À 72 ans, le syndic du village continue de conjuguer plusieurs vies en une seule: celle du paysan, du père de famille, de l’élu, du sportif et du passionné de musique classique. Pourtant, lorsqu’on lui demande comment il se définit, la réponse vient immédiatement. «Je suis paysan avant tout.» Plus qu’un métier, une évidence. Une manière d’habiter le monde.
Chez lui, tout semble relié par un même fil: la cohérence. Cohérence avec la terre, les animaux, les engagements, la famille, mais aussi avec cette idée du temps long qui traverse autant l’agriculture que la politique communale ou l’endurance sportive.

GARDER LE LIEN AVEC LE VIVANT
À la ferme familiale, aujourd’hui exploitée avec son fils Thibault, le choix du bio s’est imposé progressivement comme une conviction profonde. L’homme de terre évoque avec lucidité les excès liés aux produits de synthèse, aux pesticides ou aux dépendances énergétiques qui ont marqué l’évolution de l’agriculture.
Pour lui, l’agriculture biologique ne relève ni d’un effet de mode ni d’une posture idéologique. Elle traduit surtout un sens de la responsabilité envers le vivant.
Le bio change d’abord le regard. Il oblige à observer davantage, à travailler avec la nature plutôt que contre elle. Haies, insectes auxiliaires, respect des sols, sorties quotidiennes des animaux: l’exploitation fonctionne aujourd’hui selon un équilibre plus proche des rythmes naturels.
Cette évolution implique aussi un retour à davantage de travail manuel. Là où certains traitements se faisaient autrefois en quelques passages mécaniques, il faut désormais revenir à des gestes plus patients, plus humains.
«On fait beaucoup plus de choses à la main», résume-t-il simplement.

UNE VIE PARTAGÉE AVEC LES ANIMAUX
À la ferme Melly, les vaches ne sont pas de simples unités de production. Certaines passent près de dix ans sur le domaine, au rythme des saisons, des générations et du quotidien familial. Toutes portent un nom. Il se souvient même des lignées entières. «Je me rappelle la mère, la grand-mère, l’arrière-grand-mère.»
Avec environ septante vaches laitières, un taureau, une centaine de poules et quelques ruches, la ferme reste profondément ancrée dans une agriculture à taille humaine. Le lait produit est collecté par les Laiteries Réunies de Genève, tandis que les œufs sont vendus directement à la ferme.
Ce lien quotidien avec les animaux continue de l’émouvoir. La naissance d’un veau, l’arrivée des premiers poussins ou simplement l’éveil de la nature au printemps continuent de nourrir sa capacité d’émerveillement.
«Ça revit», dit-il en évoquant les premières feuilles et les premières herbes après l’hiver.








