Dans les entrailles de la Suisse
Autrefois lieux de survie ou de travail, grottes et mines suisses fascinent aujourd’hui autant les curieux que les passionnés d’histoire. À travers ces profondeurs mystérieuses, l’imaginaire se mêle au savoir scientifique, révélant un univers aussi riche que surprenant.
L’Histoire montre que les cavités naturelles ont servi de lieux de culte ou de sépultures. Et comme par effet d’amplification, plus l’imaginaire s’aventure profondément dans les entrailles de la Terre, plus se mêlent le sacré, le mystère, la peur et la fascination.
Bien avant que la littérature moderne –Jules Verne en tête– ne vienne attiser la curiosité du spéléologue qui sommeille en nous, religions et mythes anciens ont entretenu la croyance en un univers ténébreux généralement réservé aux divinités et aux morts.
Pour le géologue, le paléontologue ou l’archéologue, un cristal de roche, un simple fragment de poterie, un os ou un outil peuvent faire figure de trésor. Et c’est peu dire que notre sous-sol en regorge! On songe évidemment au célèbre buste en or de Marc Aurèle, dégagé d’une antique canalisation à Avenches, en 1939… Une découverte plutôt rare en regard des innombrables vestiges de construction et autres objets apparemment plus banals –sculptures, inscriptions sur pierre– exposés dans l’ancienne capitale de l’Helvétie romaine.
Tour à tour refuge, sanctuaire ou ermitage, sources de légendes et de superstitions, les grottes n’ont cessé d’attirer humains et animaux. Les chauves-souris –mais aussi bien d’autres espèces– y font figure d’hôtes permanents ou occasionnels.
La Suisse offre aussi l’accès à ses profondeurs glacées. C’est le cas –entre autres– au glacier de Zinal. À celui de Zermatt, un ascenseur conduit à 15 mètres en dessous de la surface. Un tunnel mène à une crevasse et vers un toboggan gelé. Des couvertures douillettes sont à disposition sur les bancs de glace, d’où l’on peut admirer d’éphémères sculptures translucides.

LES GROTTES
FABULEUX REFUGES
Il y a près de 400 000 ans, la maîtrise du feu a permis à nos ancêtres de pénétrer dans les galeries profondes, une appropriation bien ancrée dès le Paléolithique moyen, comme en témoignent les premières expressions artistiques décorant les roches.
En Suisse, ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle –et sous l’impulsion d’Édouard-Alfred Martel, considéré comme le père de la spéléologie –que l’exploration des grottes se fait plus systématique et scientifique. Une douzaine d’entre elles sont aménagées pour des visites touristiques. Elles présentent le double avantage de rester fraîches toute l’année et d’offrir un spectacle fascinant. Il s’agit néanmoins d’un milieu fragile, riche de précieux sédiments témoins du passé de notre planète. Il convient donc de l’aborder avec précaution et respect. À l’abri des influences extérieures, les biologistes y percent les secrets de l’évolution de la vie animale et végétale. La plupart des vestiges sur lesquels ils s’appuient échappent à l’attention des profanes. Le risque est donc grand qu’une fréquentation excessive du monde souterrain affecte ou efface ces indices. Un simple contact de la main peut interrompre un processus perpétué depuis des lustres.
GROTTES DE VALLORBE
Il y a 150 à 200 millions d’années, la Suisse était encore recouverte par une mer peu profonde. Celle-ci a déposé, dans la partie helvétique du massif du Jura, d’énormes gisements de calcaire de 200 mètres d’épaisseur, à travers lesquels la rivière Orbe s’est creusé un chemin souterrain. Seuls les plongeurs y avaient accès jusque dans les années 1970. On rapporte l’immersion de l’un d’entre eux –un certain Pfund– qui, en 1893, se mit en tête de rejoindre la source de la rivière, équipé d’un scaphandre. Il aurait atteint 11 mètres de profondeur.
En 1964, un groupe de sportifs genevois s’aventure dans la résurgence de la rivière, se faufilant jusqu’au lac du Silence en longeant un siphon. Et c’est là que les aventuriers remarquent –à la lumière de leurs lampes-torches– une faille de 50 centimètres, à près de 5 mètres de hauteur. Intrigués, ils tentent de s’orienter dans la pénombre, retirent leurs palmes et leurs bonbonnes pour se hisser jusqu’à cette anfractuosité. Cette dernière se révèle plus large que prévu. Ils poursuivent à tâtons jusqu’à découvrir une véritable salle souterraine, suivie d’autres, nommées plus tard la Méduse ou le Bison. Ils y aménagent en toute discrétion un camp de base doté d’une tonne de matériel pour creuser des marches, construire des échelles, ouvrir des passages de plus en plus éloignés, l’idée étant de remonter jusqu’à la vallée de Joux. Ce manège n’échappe pas à l’attention de la population locale. Des photos finissent par circuler, inspirant à des promoteurs le financement de galeries pour faciliter l’accès au site. La Commune de Vallorbe y participe à hauteur de 25%. En 1974 –soit dix ans plus tard– les grottes sont ouvertes au public. Aujourd’hui, pas moins de 30 kilomètres de galeries, situés sous la forêt du Risoux, ont déjà été répertoriés.
DE RÉCLÈRE À SAINT-LÉONARD
Au XIXe siècle déjà, les paysans jurassiens proches de la frontière française avaient connaissance d’un gouffre qu’ils avaient baptisé «Trou du Fahy». Ils l’utilisaient comme dépotoir de carcasses animales. L’existence des Grottes de Réclère n’est rendue publique qu’en 1889, par la presse locale. Leur exploitation commence un an plus tard pour le plus grand émerveillement des premiers visiteurs, fascinés par la taille et la beauté des concrétions. Ils traversent une grande salle abritant des stalagmites de plus de 15 mètres de haut.









