Munich, entre petite et grande Histoire
Fastueuse sans ostentation, Munich conjugue héritage historique, vitalité culturelle et un art de vivre aussi discret que singulier. Vaste comme trois fois Paris, la «capitale secrète de l’Allemagne» est loin de se résumer à un ballon de foot et une chope de bière.
Il est vrai que l’engouement pour le FC Bayern Munich et l’Oktoberfest pourraient faire de l’ombre à tout autre cliché emblématique. Pourtant, la principale destination touristique d’Allemagne (après Berlin) a bien davantage à offrir.
Berlin, Munich… éternelle compétition entre une mégapole fédérale qui tire le diable par la queue («Pauvre, mais sexy», comme ils disent…) et une capitale bavaroise fière de sa prospérité, grâce notamment aux géants Siemens, BMW et Allianz.
Mais ici, les riches se font discrets: «Nous détestons la fanfaronnade, un peu comme vous, les Suisses, non?», relève Christina, galeriste dans Glockenbach, le quartier branché connu pour sa tolérance et sa vie nocturne.
Les bâtiments munichois aussi cultivent une certaine retenue, la hauteur des constructions étant traditionnellement limitée par référence aux tours de la cathédrale. Cela ne les empêche pas de révéler une grande diversité architecturale.
Munich a eu ses périodes gothique et néo-gothique (nouvel Hôtel de Ville), Renaissance (Église Saint-Michel) et néo-Renaissance. Le baroque ne demeure pas en reste. Riche de ses somptueux maître-autel et plafond peint, l’église du Saint-Esprit (Heiliggeistkirche) rivalise avec celle de Saint-Pierre (Peterskirche, la plus ancienne de la ville) et l’adorable Asamkirche, dont la surcharge de fresques, sculptures, dorures et stucs se plaît à tromper l’œil.


DANS LE RÉTROVISEUR
Manifestement, il fait bon séjourner dans la ville qui – hélas – vit se développer les sombres desseins du Führer. Après une tentative de coup d’État, Hitler avait instauré Munich comme « capitale du mouvement ». Régulièrement, des expositions rappellent la Seconde Guerre mondiale qui ne laissa ici que cendres et gravats. À la faveur du Plan Marshall, on a restauré le peu qui restait de l’ancienne cité ; une réhabilitation si efficace qu’on peine aujourd’hui à distinguer les reliques d’origine et les reconstructions. Certains trésors d’art sacré avaient heureusement échappé aux bombardements, grâce à la protection de quelques ouailles avisées.
En marchant dans les rues, on bute ici et là sur les Stolpersteine, ces pavés dorés qui rendent hommage aux Juifs victimes du nazisme.
DOLCE VITA
La population compte près de 1,6 million d’habitants, ce qui en fait la troisième plus grande ville d’Allemagne, après Berlin et Hambourg.
Christina décrit l’étrange mélange de conservatisme et d’avant-garde qui caractérise cette «Rome allemande», très imprégnée de Gemütlichkeit (art de vivre convivial) où le retour des beaux jours ravive une ambiance italianisante : histoire d’effacer les rigueurs de l’hiver, on va bronzer sur les terrasses, aligner les chopes sous les tonnelles des jardins à bière… chaud-froid, traditionalisme et cosmopolitisme, histoire et modernisme font bon ménage dans ce Land où les corps nus narguent en été les costumes traditionnels sur les pelouses publiques: Lederhosen pour les hommes, Trachten pour les femmes. La ferveur catholique s’exprime encore avec conviction à deux pas de l’ancien pied-à-terre de Lénine.









