Tanzanie, au coeur des terres sauvages
S’aventurer sur les traces des grands fauves, séjourner dans un lodge en pleine brousse, explorer les fonds marins de Zanzibar… la grande aventure attend les lecteurs de Karen Blixen ou d’Ernest Hemingway, entre savanes mythiques, hauts plateaux, lacs de la vallée du Rift et rivages de l’océan Indien.
Le mythique Kilimandjaro –point le plus haut de l’Afrique– se devine parfois au loin, par temps clair, depuis la région d’Arusha, la ville où l’on atterrit le plus souvent pour filer vers les immenses savanes du Serengeti, le cratère du Ngorongoro, le lac Manyara, lac de soude frangé de flamants roses, les baobabs et jusqu’à 3000 éléphants en saison sèche du parc national de Tarangire. À lui seul, ce chapelet de noms suffit à réveiller un imaginaire nourri de récits d’explorateurs, de littérature et de cinéma.
À peine débarqué, on se remémore les premières impressions de l’auteur des Neiges du Kilimandjaro: «Il vit une étendue de pays haute et herbeuse, des bois de cèdre, des collines, et puis une forêt de bambous, et plus loin la bruyère dévastée, et de nouveau des collines, et puis enfin, tout ce qu’il pouvait voir devant lui, aussi vaste que le monde entier, immense, haut et incroyablement blanc sous le soleil, c’était le sommet carré du Kilimandjaro».

SENSATIONS
Sur la route du Ngorongoro, la terre étale un ocre si profond qu’elle semble saigner, contrastant avec le vert acide des acacias parasols. Même à l’écart de toute infrastructure humaine, le silence du bush n’est jamais absolu, mais traversé d’une vibration basse, composée du froissement des herbes hautes et du cri strident des calaos. Sous le soleil de plomb de la vallée du Grand Rift, la poussière s’élève en tourbillons au passage d’un troupeau de zébus ou de gnous en pleine migration. Par endroits, des zèbres se découpent comme des mirages, tandis qu’une girafe, impassible, semble mesurer l’horizon. La lumière change d’une minute à l’autre: dure à midi, cuivre au couchant, presque irréelle à l’aube.
Soudain, une file de Maasaï, drapés dans leurs shukas d’un rouge vibrant, surgit de nulle part. Leurs silhouettes filiformes, s’appuyant sur des bâtons de marche, semblent appartenir à une autre époque, un pont vivant entre la terre sauvage et l’horizon infini.


AU VILLAGE
Et voici leur manyatta. Au portail de la communauté –délimitée par une barrière d’épineux pour protéger le bétail des fauves– l’accueil semble formaté pour les touristes. Le chef du village se veut rassurant: «N’y voyez aucune démarche factice; ici, chaque visiteur –même issu d’une tribu voisine– bénéficie du même cérémonial».
Les femmes, parées de colliers de perles dont chaque couleur raconte une histoire, entonnent un chant polyphonique. Puis les jeunes guerriers s’élancent vers le ciel, le corps droit comme une lance, prouvant leur force et leur endurance. «Le saut, c’est l’esprit du guerrier qui défie la pesanteur», explique encore le chef, dont le trousseau de clés intrigue. Chacune d’elles ouvre la porte d’une concubine. Nous sommes en territoire polygame.










